Les acouphènes peuvent rendre l’endormissement difficile et perturber la qualité du sommeil.
Comprendre pourquoi ils deviennent plus présents le soir permet de mieux agir pour retrouver des nuits plus sereines.
Pourquoi les acouphènes perturbent-ils le sommeil ?
Savez-vous qu’on passe un tiers de notre vie à dormir ? Le sommeil est notre compagnon de toujours, mais il reste pourtant fragile et changeant au fil des années. Il peut être perturbé par nos préoccupations professionnelles, notre anxiété, un changement de rythme ou encore un événement difficile. Vous connaissez cette sensation du « petit vélo dans la tête » qui tourne en boucle au moment de se coucher ? Ces pensées qui reviennent sans cesse, qui empêchent le cerveau de débrancher et qui peuvent même provoquer des réveils nocturnes. Lorsque le mental est en alerte, l’endormissement devient beaucoup plus difficile.
Les acouphènes peuvent également s’inviter en fin de journée. Ces bruits perçus dans les oreilles ou dans la tête – sifflements, bourdonnements, grésillements ou autres sons – deviennent particulièrement envahissants lorsque l’environnement devient silencieux. Le soir, le moment où tout ralentit, l’attention peut naturellement se porter davantage sur ces sons internes.
Le cercle vicieux entre attention, stress et acouphènes
Certaines personnes tentent alors de les masquer avec un fond sonore : télévision, musique, bruit blanc ou autre… Mais parfois, malgré ces stratégies, rien ne semble fonctionner. Plus on cherche à faire disparaître l’acouphène, plus on se concentre dessus. C’est un peu comme un enfant terrible : notre cerveau se met alors à surveiller ce bruit, comme s’il représentait une menace. La perception devient alors plus forte car toute notre attention est dirigée dessus. Un véritable cercle vicieux peut se mettre en place : les émotions s’intensifient, le système nerveux reste en état d’alerte et il devient alors difficile de retrouver le calme nécessaire pour s’endormir.
Pour mieux comprendre ce phénomène, prenons un exemple du quotidien. Imaginez un robinet qui goutte dans la nuit. Au début, on perçoit le bruit du goutte-à-goutte de façon lointaine. Puis, peu à peu, il attire notre attention, jusqu’à devenir presque obsédant. Impossible de l’ignorer : chaque goutte résonne, générant de l’agacement et de la frustration. Vous commencez alors à réfléchir à la manière de le réparer. Ces préoccupations prennent progressivement toute la place et finissent par vous empêcher de trouver le sommeil. Ce processus est très proche de ce qui peut se produire avec l’acouphène : plus l’attention se focalise sur lui, plus il semble présent, et plus il devient difficile de s’en détacher.
Un véritable cercle vicieux s’installe : les émotions désagréables associées à l’acouphène maintiennent le système nerveux en état d’alerte. Plus cette activation est importante, plus l’acouphène paraît présent et envahissant, rendant l’endormissement encore plus difficile.
Pourquoi les acouphènes semblent-ils plus forts le soir ou au réveil ?
Les troubles du sommeil sont l’une des plaintes fréquemment associées aux acouphènes. Lors du colloque AFREPA (Association française des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie) en 2025 auquel j’ai participé, il a été notamment évoqué que 50 à 70 % des patients souffrant d’acouphènes présentaient des insomnies, contre environ 20 % dans la population générale.
Ils n’augmentent pas forcément en intensité, mais notre cerveau les détecte davantage. Pendant la journée, nous sommes occupés et entourés de nombreuses stimulations sonores : conversations, activités, bruits extérieurs, déplacements… Notre attention est donc sollicitée par de nombreux éléments. Lorsque le calme arrive, le cerveau dispose de plus d’espace pour remarquer les sensations internes.
Marie-Agnès Gallois
Membre de l’équipe AFREPA du CHU de Nantes
Source : Conférence « Acouphènes et sommeil », colloque de l’Afrepa (Association française des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie) ,Lille, juin 2025.
