Acouphènes et sommeil : retrouver des nuits plus sereines

par Juil 8, 2026Sophrologie0 commentaires

Les acouphènes peuvent rendre l’endormissement difficile et perturber la qualité du sommeil.
Comprendre pourquoi ils deviennent plus présents le soir permet de mieux agir pour retrouver des nuits plus sereines.

Pourquoi les acouphènes perturbent-ils le sommeil ?

Savez-vous qu’on passe un tiers de notre vie à dormir ? Le sommeil est notre compagnon de toujours, mais il reste pourtant fragile et changeant au fil des années. Il peut être perturbé par nos préoccupations professionnelles, notre anxiété, un changement de rythme ou encore un événement difficile. Vous connaissez cette sensation du « petit vélo dans la tête » qui tourne en boucle au moment de se coucher ? Ces pensées qui reviennent sans cesse, qui empêchent le cerveau de débrancher et qui peuvent même provoquer des réveils nocturnes. Lorsque le mental est en alerte, l’endormissement devient beaucoup plus difficile.

Les acouphènes peuvent également s’inviter en fin de journée. Ces bruits perçus dans les oreilles ou dans la tête – sifflements, bourdonnements, grésillements ou autres sons – deviennent particulièrement envahissants lorsque l’environnement devient silencieux. Le soir, le moment où tout ralentit, l’attention peut naturellement se porter davantage sur ces sons internes.

Le cercle vicieux entre attention, stress et acouphènes

Certaines personnes tentent alors de les masquer avec un fond sonore : télévision, musique, bruit blanc ou autre… Mais parfois, malgré ces stratégies, rien ne semble fonctionner. Plus on cherche à faire disparaître l’acouphène, plus on se concentre dessus. C’est un peu comme un enfant terrible : notre cerveau se met alors à surveiller ce bruit, comme s’il représentait une menace. La perception devient alors plus forte car toute notre attention est dirigée dessus. Un véritable cercle vicieux peut se mettre en place : les émotions s’intensifient, le système nerveux reste en état d’alerte et il devient alors difficile de retrouver le calme nécessaire pour s’endormir.

Pour mieux comprendre ce phénomène, prenons un exemple du quotidien. Imaginez un robinet qui goutte dans la nuit. Au début, on perçoit le bruit du goutte-à-goutte de façon lointaine. Puis, peu à peu, il attire notre attention, jusqu’à devenir presque obsédant. Impossible de l’ignorer : chaque goutte résonne, générant de l’agacement et de la frustration. Vous commencez alors à réfléchir à la manière de le réparer. Ces préoccupations prennent progressivement toute la place et finissent par vous empêcher de trouver le sommeil. Ce processus est très proche de ce qui peut se produire avec l’acouphène : plus l’attention se focalise sur lui, plus il semble présent, et plus il devient difficile de s’en détacher.

Un véritable cercle vicieux s’installe : les émotions désagréables associées à l’acouphène maintiennent le système nerveux en état d’alerte. Plus cette activation est importante, plus l’acouphène paraît présent et envahissant, rendant l’endormissement encore plus difficile.

Pourquoi les acouphènes semblent-ils plus forts le soir ou au réveil ?

Les troubles du sommeil sont l’une des plaintes fréquemment associées aux acouphènes. Lors du colloque AFREPA (Association française des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie) en 2025 auquel j’ai participé, il a été notamment évoqué que 50 à 70 % des patients souffrant d’acouphènes présentaient des insomnies, contre environ 20 % dans la population générale.

Ils n’augmentent pas forcément en intensité, mais notre cerveau les détecte davantage. Pendant la journée, nous sommes occupés et entourés de nombreuses stimulations sonores : conversations, activités, bruits extérieurs, déplacements… Notre attention est donc sollicitée par de nombreux éléments. Lorsque le calme arrive, le cerveau dispose de plus d’espace pour remarquer les sensations internes.

Il existe également une forme d’hypervigilance auditive : la personne devient plus sensible aux sons, notamment dans les moments de silence. Elle peut commencer à anticiper le moment du coucher avec de l’inquiétude : « vais-je réussir à m’endormir malgré mon acouphène ? ». Cette peur augmente l’état d’éveil du système nerveux et entretient les difficultés de sommeil.

Les réactions émotionnelles jouent donc un rôle important. L’anxiété, la peur, la frustration ou l’agacement peuvent engendrer une hyperfocalisation sur l’acouphène et amplifier sa perception. Le problème n’est pas uniquement le son en lui-même, mais la manière dont le cerveau l’analyse, l’interprète et l’importance qu’il lui accorde. C’est également toute la charge émotionnelle associée à ce bruit parasite qui peut devenir difficile à gérer.

 

Les troubles du sommeil sont-ils toujours liés aux acouphènes?

Des causes multiples et variées

Il est aussi intéressant de noter que la relation entre acouphènes et sommeil fonctionne dans les deux sens. Les personnes souffrant d’acouphènes peuvent avoir plus de difficulté à dormir, mais un mauvais sommeil peut également rendre l’acouphène plus difficile à supporter. Le manque de récupération augmente la fatigue, diminue les capacités d’adaptation et de concentration et peut renforcer les réactions de stress.

Par ailleurs, toutes les personnes ayant des acouphènes ne développent pas forcément un trouble du sommeil, et heureusement. Les données présentées lors du colloque montrent que la moitié des patients attribuent leurs difficultés de sommeil à leurs acouphènes, et que la moitié des patients présentaient déjà une insomnie avant l’apparition des acouphènes.

Il est donc important de rechercher ce qui existait auparavant : mauvaises habitudes de sommeil, stress chronique, anxiété, troubles du sommeil comme l’apnée du sommeil, période de fragilité émotionnelle ou encore événement difficile à vivre (deuil, séparation, licenciement, maladie…).

Ces éléments rappellent que les troubles du sommeil ont souvent une origine multifactorielle. Il est donc essentiel d’en comprendre les causes avant de proposer un accompagnement adapté.

 

Pourquoi un accompagnement personnalisé est essentiel ?

En pratique, l’accompagnement sera différent selon l’histoire de la personne. Si l’acouphène est récent et survient dans un contexte de stress intense, les troubles du sommeil sont souvent réactionnels. L’objectif est alors d’aider la personne à apaiser son système nerveux, à retrouver un sentiment de sécurité et à récupérer progressivement.

En revanche, lorsque l’acouphène persiste dans le temps, une hypervigilance peut s’installer chez certaines personnes : l’attention reste constamment tournée vers l’acouphène. Cette vigilance excessive entretient un état d’hyperéveil du système nerveux, proche de celui observé dans l’insomnie chronique. Sans en avoir conscience, la personne adopte des comportements qui entretiennent les difficultés de sommeil : redouter le moment du coucher, surveiller l’heure, lutter pour s’endormir ou chercher à tout prix à faire disparaître l’acouphène.

Le sommeil devient alors moins réparateur. Au réveil, une fatigue persistante, des difficultés de concentration ou des troubles de la mémoire peuvent apparaître.

En réalité, le sommeil ne commence pas au moment où l’on se couche : il se prépare dès le matin et tout au long de la journée. Si notre système nerveux reste en état d’alerte du matin au soir, il lui est difficile de basculer en mode repos au moment du coucher. « Tomber dans le sommeil » demande une forme de lâcher-prise, ce qui peut être particulièrement difficile lorsque l’on est stressé, anxieux ou constamment sous tension.

 

Comment mieux dormir malgré les acouphènes ?

La première étape consiste à aider le système nerveux à sortir de cet état d’hyperéveil. En diminuant le stress et la charge émotionnelle associés à l’acouphène, il devient plus facile de rompre le cercle vicieux qui entretient les difficultés d’endormissement.

La sophrologie agit précisément dans ce sens. Grâce à des exercices de respiration, de détente corporelle et de prise de conscience, elle aide à relâcher les tensions, à réguler les émotions et à créer les conditions favorables à un sommeil de qualité.

Pratiquée de façon régulière, elle permet de retrouver un rythme plus naturel, de se reconnecter à ses besoins, et d’améliorer son rapport au sommeil. Au fil du temps, le sommeil devient plus récupérateur et le niveau d’énergie en journée se régule plus facilement.

Mais comprendre ne suffit pas : il est tout aussi important de mettre en pratique des outils simples au quotidien. Car le sommeil ne se commande pas : il se prépare.

Un exercice de sophrologie pour favoriser l’endormissement

Au moment du coucher, prenez quelques minutes pour expérimenter cet exercice. Il vous aidera progressivement à apaiser votre système nerveux, afin de favoriser un état propice à l’endormissement.

Installez-vous confortablement, en position assise ou allongée.

Fermez les yeux et prenez conscience de vos points d’appui : vos pieds, votre bassin, votre dos, vos mains, vos épaules. Relâchez ensuite votre mâchoire en laissant la bouche s’entrouvrir légèrement.

Observez votre respiration, sans chercher à la modifier. Puis inspirez doucement par le nez en laissant votre ventre se soulever, et expirez lentement, comme si vous vouliez éteindre une bougie. Répétez ce mouvement pendant quelques minutes.

Portez ensuite votre attention sur votre corps, de la tête aux pieds. À chaque expiration, imaginez que vous relâchez les tensions accumulées pendant la journée.

Si l’acouphène revient au premier plan, accueillez simplement sa présence, sans chercher à le repousser. Puis ramenez doucement votre attention vers votre respiration.

Retrouver un sommeil plus serein est possible

Avec la pratique, cet exercice peut aider à diminuer l’état d’alerte du système nerveux et favoriser l’endormissement. Comme tout apprentissage, il demande un peu de régularité : quelques minutes chaque soir valent mieux qu’une longue séance pratiquée uniquement lorsque la fatigue ou l’agacement sont déjà très présents.

 

En conclusion, chacun détient une partie de la clé de son sommeil : il n’existe pas de solution unique valable pour tous. Retrouver confiance en son corps, arrêter la lutte contre l’acouphène, réapprendre à laisser venir le sommeil constituent déjà un premier pas vers des nuits plus sereines. Avec de la patience, de la régularité et, lorsque cela est nécessaire, un accompagnement adapté, il est possible de retrouver un sommeil plus apaisé et, surtout, une meilleure qualité de vie.

Marie-Agnès Gallois

Sophrologue
Référente du Pôle Sophrologie et Acouphènes ®

Membre de l’équipe AFREPA du CHU de Nantes

Source : Conférence « Acouphènes et sommeil », colloque de l’Afrepa (Association française des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie) ,Lille, juin 2025.